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Le pont de Normandie, géant de l’estuaire de la Seine

C’est le pont de la démesure, des innovations et des performances ! Sa ligne de 2 141 m de long, d’une rare pureté, enjambe le vaste estuaire de la Seine à plus de 60 m au-dessus des eaux grâce à un dispositif aussi ingénieux qu’audacieux conçu autour de deux pylônes à haubans.

L’histoire du pont de Normandie est unique en France : il est le seul exemple d’un ouvrage d’art imaginé, construit et exploité par une Chambre de commerce et d’industrie. Dès 1972, les élus de la CCI du Havre pensent à un nouveau pont pour désenclaver la région et la rendre plus accessible depuis la Basse-Normandie, la Bretagne et le sud-ouest. Il faudra pourtant attendre près de vingt ans pour que les choses se mettent en place.

Début 1988, après la pose symbolique de la première pierre par Jacques Chirac alors Premier ministre, les travaux préparatoires débutent sur les deux rives. Il faut y sécuriser les vasières et les abords, et remblayer, afin d’asseoir les futures piles des viaducs d’accès. Ce n’est que trois ans plus tard, en 1991, que commence la construction de celles-ci. De longueurs inégales – 650 m et 460 m –, les deux viaducs développent une pente assez forte de 6 % et sont constitués de 15 et 11 piles en béton armé, coulé en place, de 7 m à près de 44 m de hauteur !

pont de normandie

Des piles aux pylônes

Pour la fabrication des tabliers, les équipes du groupement d’entreprises réalisent sur la terre ferme des voussoirs en béton précontraint d’une portée de 7 m, qui sont ensuite poussés au fur et à mesure de leur construction sur les différentes piles. Les caractéristiques hors normes de l’ouvrage, sa longueur et sa forte pente imposent la mise au point d’un système complexe de 70 vérins et 38 appuis à rouleaux reposant sur les piles, afin de lever les voussoirs d’une vingtaine de centimètres, puis de les pousser. « Une vraie performance et une prouesse », souligne Bernard Raspaud, ingénieur structure chez Bouygues Construction, partie prenante dans le groupement. Cette opération totalement innovante, ayant nécessité en amont un important investissement en recherche et développement, durera pas moins de deux années !

En parallèle, d’autres équipes se consacrent à la construction des pylônes dans le lit de la Seine (avec 14 pieux par semelle, ancrés à 50 m de profondeur) et, avant toute chose, à la construction des palplanches, avec d’incroyables contraintes : les très forts courants du fleuve, les marées incessantes, sans oublier la circulation de bateaux en tous genres sur la Seine. C’est là un autre tour de force dans cette réalisation qui n’est en fait qu’une succession de prouesses techniques mises en œuvre par les différentes équipes, soit jusqu’à 1200 personnes ayant participé au chantier ! Les deux pylônes en Y inversé sont réalisés à l’aide de coffrages « autogrimpants » en béton précontraint afin d’apporter une rigidité et une stabilité maximales. Les têtes de pylône sont constituées d’une sorte de coffre en acier de 270 t, emprise dans le béton et dans lesquelles viennent se fixer les haubans.

Le tablier central du pont est complexe lui aussi, puisque composé de deux parties : du béton précontraint au droit des pylônes et une partie métallique constituée de 32 voussoirs de 150 t entre les deux pylônes, sur 624 m. Là encore, les ingénieurs et les techniciens ont fait preuve de beaucoup d’inventivité et de capacité d’adaptation, puisque les voussoirs, véhiculés par barges jusqu’à l’ouvrage, ont été grutés, puis ajustés au millimètre et enfin soudés en place. Le tout malgré les intempéries, le courant du fleuve et le vent, la contrainte la plus dangereuse sur ce chantier.

Après sept années d’un chantier hors norme, le pont de Normandie, dûment éclairé et signalé en ses sommets, est inauguré et gardera jusqu’en 2003 le record mondial de longueur pour un pont à haubans. Une réalisation remarquable qui a ouvert la voie à de très nombreux ouvrages d’art.

le pont de normandie

  • Conception : Sétra, Michel Virlogeux ; CETE Normandie ; Quadric ; SEEE ; Setec TPI ; Sofresid ; Sogelerg
  • Architectes : François Doyelle, Charles Lavigne, Alain Montois
  • Construction en groupement : Bouygues Construction, Campenon Bernard, Dumez-GTM, Monberg & Thorsen, Quillery, Sogea, Spie Batignolles TP
  • Dates de construction : 1988-1995
  • Longueur : 2 141 m
  • Portée principale : 856 m
  • Hauteur des pylônes en béton : 214 m, soit 154 m au-dessus du tablier

Tablier central en acier : 60 m au-dessus des eaux

  • Haubans : 184, de 95 m à 450 m
  • Matériaux : béton précontraint et armé, acier pour les caissons

Pour aller plus loin

  • Archives nationales, dossiers de conception et de réalisation : cotes 19990304/199 à 19990304/206
  • 100Monuments du XXe(NOTE SR : E EN EXPOSANT) siècle - Patrimoine et architecture de France, Bertrand Lemoine, éditions France Loisirs, 2000
  • 30 Bridges, Matthew Wells, Laurence King Publishing, 2002
  • Documentaire Le Pont de Normandie, un chantier hors norme, de Pauline Legrand, 2019
  • https://structurae.net/fr/ouvrages/pont-de-normandie

 

 

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